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Acteurs de 2014 à 2015
Acteurs de 2014 à 2015

Aujourd’hui, le patriotisme burkinabé impose de poser la situation de ce pays avec un langage de vérité crue. Le Burkina Faso, anciennement pays d’hommes intègres est aujourd’hui dans un processus de désintégration quasi irréversible. Le départ du pouvoir du président Blaise Compaoré le 31 octobre 2014, au lieu d’ouvrir des perspectives d’un avenir radieux (élargissement des libertés, progrès économique et social), est au contraire en train de s’enliser dans l’affaissement de la capacité de l’Etat à assumer ses fonctions les plus élémentaires. L’économie, surtout celle informelle dans laquelle l’essentiel des burkinabé se débrouillent pour trouver leur pitance est en déliquescence totale.La transition, handicapée par un casting calamiteux, a été atteinte dès sa conception, par un virus composite des ambitions folles d’un dictateur en herbe digne des années 1960, accompagné d’une horde d’arrivistes imbus d’eux-mêmes doublées de leur incapacité totale à comprendre et respecter les règles de fonctionnement d’un Etat. Au final, les réformes pour un pays plus libre, plus démocratique et tourné vers le progrès ont tourné au cauchemar de la division politique et sociale, et d’un marasme économique sans précédent. Des élections arrangées fin novembre 2015 avec la complicité intéressée de la communauté internationale ont porté à la tête du pays la pire bande d’arrivistes doublée d’incapables que ce pays ait connus. Cinq mois après leur rapt de la direction du pays, le bilan est une catastrophe sociale. Dette intérieure plus astronomique que jamais, entreprises en léthargie et au bord de la banqueroute, des demandes sociales des agents publics insatisfaites, désunion des forces armées, abus et violences des groupes d’auto-défense fermement soutenus par le pouvoir politique, tel est le tableau du Burkina Faso sous le règne des apprentis sorciers. Quelques mesurettes en matière d’emploi et de santé qui demandent encore à être constatées dans la réalité sont les seuls actifs du nouveau pouvoir qui brille par son silence sur les grandes questions de l’heure.Pauvre peuple burkinabè qui subit toujours les pires exactions jusqu’à la dernière résistance avant de tout renverser un jour de colère. La jeunesse qui a été perçue comme le plus grand espoir africain il y a seulement deux ans s’est révélée être aussi immorale que ses ainés. Une partie de cette jeunesse a animé la transition, et sous prétexte de lutter contre Blaise Compaoré, a commis les pires excès en matière de justice. La gestion du bien public a été si prébendière que l’appellation de Ali Baba et les quarante voleurs pour désigner l’ex Premier Ministre Zida Yacouba et ses aboyeurs de service n’est pas du tout usurpée. Par nombre d’enrichissements indus, de promotions et de décorations imméritées, ils ont cru pouvoir changer de classe sociale en peu de temps et s’inscrire parmi les dignitaires du pays. Une autre partie de cette jeunesse veule et immature se complait dans la confusion idéologique. Comment peut-on aduler Thomas Sankara et militer au MPP dont les dirigeants ont été les assassins de Sankara et les fossoyeurs du sankarisme ? C’est porteurs de cette contradiction fondamentale que la jeunesse urbaine a laissé faire ou même accompagner l’arnaque politique la plus grossière de l’histoire, la transmission du pouvoir entre la transition dévoyée et les RSS (Roch, Salifou, Simon).Aujourd’hui, la supercherie a montré ses limites, les RSS n’arrivent pas à conduire la barque burkinabè. Dans la rue, dans les buvettes, les burkinabè utilisent le terme rochmètre comme l’unité de mesure du manque d’argent et de la pauvreté. Le pays est bloqué et aucune perspective de relèvement n’est perceptible à court terme. Les bases de l’Etat ont tellement été malmenées que seule une profonde opération de réinitialisation pourrait le sauver du chaos.Les ambassadeurs français et américains à Ouagadougou sont à présent bien dans l’embarras, eux qui ont pesé de toutes leurs influences pour faire échouer la tentative de correction de la transition en septembre 2015. Le résultat de leur approche est là maintenant, une impasse dont on n’imagine point la fin de sitôt. Le peuple s’est rétracté lors des élections municipales pour montrer son désaccord avec la politique en cours. Dans une démocratie normale, il y aurait immédiatement eu une réaction du Président de la république pour prendre acte de la volonté populaire et proposer de grandes réformes politiques. Ici, rien. Tout est normal, selon les tenants du pouvoir et la démocratie serait en marche. Jusqu’à ce que…

Par Ivan Mengele

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